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Demandez à Lynn par Lynn Miller, B.Sc., Dipl. Ecotox., PhD candidate, co-fondatrice du Nichoir, Conseil d’administration de l’International Wildlife Rehabilitation Council. Les questions et réponses suivantes furent publiées originalement dans le journal Hudson/Saint-Lazare Gazette. Elles sont présentées ici avec permission. Question de Denis à Saint-Clet, QC Ces jours-ci, un héron est venu chasser des grenouilles dans le fossé en face de chez nous. L’an dernier cela s’était déjà produit et, malheureusement, nous avions retrouvé l’oiseau mort sur le bord de la route. Que faire si cet oiseau a besoin d’aide ? C’est la période de l’année où les jeunes hérons quittent le nid pour voler de leurs propres ailes. De ce fait, ils font face à de nombreuses épreuves, et l’apprentissage de la chasse en est toute une. Le stress est donc au rendez-vous. Tant qu’ils sont au nid, les jeunes hérons sont nourris par leurs dévoués parents. Car il faut être dévoué pour régurgiter du poisson partiellement digéré dans le bec aiguisé de jeunes maladroits ! Bref, pour ce qui est d’être bien nourris, ils le sont, et lorsqu’ils quittent le nid ils pèsent souvent plus lourds que leurs parents. Avant de s’occuper d’un oiseau possiblement blessé ou malade, il faut se poser plusieurs questions, dont celle-ci : a-t-il besoin d’aide ? Ça peut sembler fou, mais il n’est pas rare d’être leurré par un oiseau apparemment normal et sain. Avant de l’approcher, regardez-le tranquillement. Ses deux ailes sont-elles bien alignées, utilise-t-il ses deux pattes ? Toute blessure à l’aile ou à la patte est très visible chez les hérons. Ensuite, approchez-vous tranquillement de lui. S’il ne s’en va pas très loin, il est fort possible qu’il ait un problème. Une fois décidé que son salut dépend de votre intervention, préparez-vous bien avant d’entreprendre sa capture. Les hérons chassent en frappant leur proie de leur long bec effilé. C’est inné chez eux, et c’est aussi un de leurs moyens de défense. C’est ce moyen de défense qui peut causer des blessures à leur aspirant sauveteur. Il vous faut donc jeter une grande serviette ou une couverture sur le héron, et vous assurer qu’elle recouvre aussi la tête. D’une main, saisissez alors la tête, avec douceur, puis de l’autre, le corps, et engouffrez-le dans une grande boîte ou une cage à chien. C’est un peu comme tenter de manipuler un paquet de cornemuses vivantes : s’y mettre à deux est donc très recommandé. Apportez ensuite l’oiseau au centre de réhabilitation le plus proche. Toutefois, vu qu’il s’agit d’une opération assez dangereuse, l’équipe du Nichoir (450 458 2809) peut venir à la rescousse. Je vous ai dit que, tant qu’ils sont au nid, les jeunes peuvent être plus lourds que leurs parents. Et je pense que c’est cet état naturel qui finit par les conduire dans un centre de réhabilitation. En effet, de nombreuses toxines présentes dans l’environnement sont solubles dans la graisse, d’où une concentration possible dans les réserves de graisse des poissons au menu des hérons. À force d’en manger, les oiseaux accumulent donc à leur tour une charge toxique. Or, pour survivre, les jeunes hérons doivent apprendre à pêcher. Et, pendant cette période d’apprentissage, leur importante accumulation de graisse est un atout, elle les empêche de devenir squelettiques. L’ironie de la chose c’est que, plus les parents dorlotent leurs jeunes, plus ceux-ci vont emmagasiner de graisse, et plus ils risquent donc d’accumuler des toxines. Or, en période de disette, l’oiseau utilise rapidement cette graisse accumulée, ce qui entraîne une poussée toxique à un moment critique de son développement, et peut le rendre vulnérable à d’autres problèmes.
Question de June à Hudson, QC Comment dirige-t-on un centre de réhabilitation ? Quel financement gouvernemental obtient-on ? Pour faire court : de peine et de misère, et, très peu. Ces questions m’ont très souvent été posées, qu’il s’agisse des sources de financement, ou de la présomption que nous recevons des aides gouvernementales. Permettez-moi donc de vous donner un aperçu du fonctionnement d’un centre de réhabilitation, et plus spécialement du Nichoir. Que faites-vous lorsque vous trouvez un oiseau qui demande des soins ? Vous pensez au Nichoir. Avec un peu de chance, nous répondons tout de suite à votre appel téléphonique, sauf si le personnel est en train de s’occuper d’oisillons, qui sont des patients très exigeants. Si l’oiseau a besoin d’aide humaine, nous vous invitons à nous l’apporter. À son arrivée, nous essayons d’obtenir le maximum de renseignements possibles, surtout que le centre est obligé de soumettre un rapport annuel aux gouvernements provincial et fédéral. Pour avoir le privilège de faire de la réhabilitation, Le Nichoir paie des frais annuels au gouvernement provincial. Ironiquement, des fonctionnaires du gouvernement provincial réfèrent des personnes au centre, alors qu’aucune aide financière ne nous est fournie. Le gouvernement fédéral nous verse une petite subvention "étudiant" annuelle, qui représente environ six semaines de rémunération au salaire minimum, le reste étant pris sur le budget du centre. En 2009, Le Nichoir a employé six personnes durant l’été, soit un déboursé important. L’essentiel de l’argent est obtenu grâce à notre souper bénéfice du printemps. Quelques bénévoles y consacrent un grand nombre d’heures. Et c’est toute une soirée ! Mais, bien sûr, il ne pourrait avoir lieu sans l’incroyable générosité de tous les donateurs, et la bonne volonté de tous les membres du Nichoir. Une autre source de revenu provient des dons faits par nos visiteurs et par les personnes qui nous apportent des oiseaux à soigner. Nos dépenses les plus importantes sont, de loin, les salaires. Et c’est la partie du budget la plus difficile à ramasser. Ensuite il y a la nourriture, et pas juste la nourriture de base, mais des nourritures baroques telles que : souris congelées, appelées ici mice-icles, poissons congelés, aussi appelés fish-icles, poissons vivants, nourriture sèche pour chaton qui, une fois broyée, est la meilleure base de plusieurs menus aviaires, fruits, graines, vers de farine, et divers produits pour oiseaux R.C. Hagen. Le Nichoir doit aussi acheter des produits et des services vétérinaires, des assurances, et payer Hydro Québec et Bell. Il ne s’agit là que d’une liste partielle, mais vous voyez le tableau. Tôt chaque année, l’équipe de bénévoles qui coordonne le centre, se réunit et planifie les dépenses et les projets à entreprendre. Ça change chaque année, et il est parfois difficile de couvrir tous les besoins de base, mais jusqu’à présent Le Nichoir a réussi ! Admettre les oiseaux, les soigner, répondre aux demandes du public, faire des collectes de fonds et maintenir l’effervescence du centre, est une chose. Acquérir des connaissances, en est une autre. En participant à des conférences ou des ateliers, et à des forums de discussion en ligne sur la réhabilitation, nous réussissons à suivre les avancées dans divers domaines : nutrition, gestion des maladies, problèmes légaux, éducation du public, formation du personnel, etc. Mais tout cela prend du temps et, souvent, pèse sur les bénévoles. Une fois que l’hiver s’annonce et que les oiseaux se sont envolés vers le Sud, nous tentons, nous aussi, de faire une pause. Mais elle ne dure jamais longtemps, car il arrive toujours quelque chose qui requiert notre attention !
Question de Michèle à Hudson, QC Est-ce une bonne idée de continuer à remplir les mangeoires des oiseaux pendant l’été ? Nourrir les oiseaux du voisinage est une activité très prisée qui les aide certainement, surtout en hiver. Décider de les nourrir ou non au cours de l’été est, selon moi, affaire de choix personnel. En hiver, nourrir les oiseaux du voisinage leur assure des collations très énergétiques. Et en améliorant ainsi leur apport calorique, nous les aidons à passer à travers une période difficile. Toutefois, cette alimentation ne répond pas à tous les besoins de ces oiseaux, et ils continueront à chercher une grande variété de nourriture dans nos jardins et alentour. Durant la majeure partie de leur vie, la plupart des oiseaux chanteurs sont insectivores, mais dans leur jeunesse ils sont exclusivement insectivores. Une recherche a même montré que des espèces que nous pensions herbivores ont besoin de consommer une forte proportion d’insectes pour s’assurer une saine croissance. Ce n’est qu’une fois adultes que leur régime alimentaire se diversifie. Ainsi, les jaseurs d’Amérique se mettront à rechercher des fruits, les colibris à boire du nectar, et les pics et les cardinals à chercher activement graines et noix. Mais la plus grande partie de leur alimentation consistera toujours en une grande variété d’insectes. Ils en ont besoin pour maintenir un niveau de protéine et de gras indispensable à leur santé, ainsi qu’un taux métabolique élevé. Les graines et le suif que nous leur offrons correspondent plutôt aux calories rapides semblables à celles que nous obtenons avec une barre de chocolat. Ni l’un ni l’autre ne sont un régime complet, contrairement à ce que certains ados semblent penser ! La nourriture estivale n’est pas indispensable aux besoins nutritionnels des oiseaux de nos jardins. En revanche, elle est pour nous source de plaisir. Prendre soin des oiseaux du voisinage et pouvoir les observer de près est une activité joyeuse. J’ai un plaisir fou à nourrir les mésanges, sachant surtout que ce sont probablement les arrières, arrières, arrières petits-enfants de celles que j’ai nourries il y a des années. Elles n’ont pas besoin des graines de tournesol que je leur donne en été, mais cette collation rapide leur évite d’avoir à chercher ailleurs cette source d’énergie. Et elles me récompensent de leur chant et de leur présence. Une collègue m’a raconté la charmante histoire d’un vieil homme de sa région qui nourrissait les oiseaux toute l’année, depuis de nombreuses années. Il tomba malade et dut garder le lit pendant plusieurs jours. Les mangeoires finirent donc par être vides. Une mésange entreprenante entra par la fenêtre ouverte de sa chambre et lui tira les cheveux. Toute une façon de se rappeler à son bon souvenir ! Pure coïncidence ? Si vous décidez de nourrir les oiseaux durant l’été, le tournesol noir et la graine de nigelle sont de bons choix. Pour les pics, une mangeoire d’arachides est également une source alimentaire utile, elle leur offre une collation estivale qui remplace le suif hautement énergétique de l’hiver. Pour les colibris et les orioles, le nectar peut être complété par des liquides sucrés. Enfin, voici une dernière chose à prendre en considération : si vous devez arrêter de nourrir vos oiseaux, par exemple parce que vous déménagez, essayez de le faire en été. L’impact en sera moindre, car vos oiseaux auront le temps d’ajuster leur routine alimentaire en conséquence. Alors que si vous arrêtez en plein hiver, les calories que vous leur apportiez risquent de leur manquer à une époque de l’année où chaque calorie compte.
Question de Debbie à Hudson, QC Une bernache du Canada a, de toute évidence, été blessée : ses ailes pendent sur le côté et elle est incapable de voler. Lorsque nous nous approchons elle se dirige vers le lac, nous ne savons donc pas comment l’attraper. Avez-vous quelques suggestions ? Il est très difficile de rester indifférent face à une telle situation. Malheureusement, plus vous essayerez de l’attraper plus elle tentera de vous échapper. Face à une menace, sa défense consiste en une retraite rapide, et le lac offre la sécurité. De plus, une approche directe renforce son sentiment de menace. Essayez donc plutôt de lui offrir un point de nourriture, en gardant en mémoire que votre but est de l’attirer dans une cage ou de la piéger à l’intérieur d’un espace clôturé. Pour cela, il faut que ce point soit installé dans un endroit où la nourriture sera bien visible et d’accès facile. Si nécessaire, commencez à la nourrir tout près du lac, puis rapprochez progressivement le point de nourriture de l’endroit choisi. Du maïs fendu, un mélange de grains, ou même des graines pour oiseaux sauvages conviendront. Si le sol est déjà recouvert par la neige, de la verdure sera une nourriture de choix. De plus, des épinards ou de la laitue indiqueront à l’oiseau que de la nourriture est disponible. Le piège peut être un panier grillagé pour chien. Et Le Nichoir en a un à prêter. La nourriture doit d’abord être placée à l’entrée du panier, puis à l’intérieur une fois que l’oiseau s’est habitué à l’arrangement. Les paniers grillagés sont parfaits parce qu’ils n’ont pas l’air de pièges. Lorsque vous installez le panier, prenez soin de choisir un emplacement qui vous assurera une cachette le jour choisi. La porte du panier doit être munie d’une longue corde qui, une fois la bernache à l’intérieur, permettra de la fermer à distance. L’autre méthode consiste à choisir un endroit entouré d’une clôture… et un groupe d’amis. La nourriture peut être placée au fond de cet endroit et, une fois que l’oiseau s’y est habitué, vous invitez vos amis pour le café. Mais il leur faut le mériter en plaquant la bernache au sol et en s’assurant qu’elle ne peut pas s’échapper. Toutefois, n’oubliez pas que les bernaches apprennent vite. Si vous manquez votre coup, il pourra être très difficile de l’attirer de nouveau jusqu’à son point de nourriture. Plaquer un gros oiseau, forcément effrayé, peut être très impressionnant. Les bernaches utilisent leurs ailes pour se défendre, or c’est précisément la chose que vous voulez le plus possible éviter. Le mieux est donc de lancer sur l’oiseau une grande serviette de bain ou une couverture, et de le maintenir au sol pendant que vous vous organisez. Rentrez la serviette sous son ventre pour immobiliser les ailes près du corps. Avec de la chance vous aurez alors une bernache grincheuse, mais bien en main. Ne vous inquiétez pas de sa tête, son sifflement fait peur mais ce n’est qu’une menace. Si elle vous mord elle n’entamera pas la peau, mais vous en garderez peut-être une temporaire meurtrissure d’amour ! Il ne vous restera plus, ensuite, qu’à la transporter dans un panier ou une cage jusqu’à un centre de réhabilitation. La capture la plus facile dont j’ai entendu parler est celle d’une bernache qui, s’étant écrasée dans un enclos de chevaux, fut donc dirigée vers une stalle. Elle avait reçu un plomb, visible aux rayons x, mais elle récupéra très bien et fut relâchée une semaine plus tard.
Question de Monique à Hudson, QC Je voulais acheter un bain d’oiseaux chauffant, mais j’ai obtenu trop de renseignements divergents. Est-ce vraiment grave si les oiseaux sont mouillés en hiver ? Et quel est, pour moi, le meilleur bain d’oiseaux ? En été, observer des oiseaux qui profitent d’un bain d’oiseaux me réjouit toujours. Mais offrir de façon sécuritaire de l’eau propre aux oiseaux du voisinage signifie qu’ils peuvent en devenir dépendants. Or, lorsque les gelées commencent, nous arrêtons souvent de leur en offrir, espérant qu’ils en trouveront ailleurs. Les lacs, les ruisseaux, les flaques et parfois la neige leur assurent cette ressource essentielle. Cependant, un bain d’oiseaux chauffant est une vraie gâterie hivernale pour ces oiseaux. Son seul ennui étant qu’il peut créer quelques tracas. Sa propreté est cruciale. En été, avec une brosse et un tuyau d’arrosage, il est facile de faire le grand nettoyage hebdomadaire du bain d’oiseaux, et de le rincer et le remplir dans l’intervalle. Mais en hiver, lorsqu’il gèle, il faut être prêt à sortir avec un seau d’eau. Ce n’est pas une perspective réjouissante par - 20° C. Le chlore étant d’un usage sûr concernant les oiseaux, c’est une bonne idée de l’utiliser une fois par semaine. Un seau d’eau chaude additionnée de chlore permet de contrôler les germes tels que les coliformes. Mais après avoir lavé le bain à fond avec la solution chlorée, il faut le rincer soigneusement à l’eau fraîche. Je trouve que l’arrosoir est parfait pour ce travail. On nous rapporte souvent des histoires d’oiseaux trempés à la suite d’un plongeon dans un bain d’oiseaux. C’est un risque réel qui peut être réduit en y ajoutant de grosses pierres. Elles aident les oiseaux de deux façons : premièrement, elles leur permettent de s’y percher et par chance d’y fienter, plutôt que dans l’eau – ce qui aide à prévenir la contamination de l’eau entre deux nettoyages ou de simples changements d’eau ; deuxièmement, elles empêchent les oiseaux de prendre un vrai bain, ce qui par temps très froid écarte toute possibilité de les voir se transformer en "glaçons". Cela peut arriver lorsque, par suite de l’évaporation, la quantité de minéraux présents dans l’eau augmente au point d’envahir les plumes et d’anéantir leur imperméabilité. En été, maintenant que le virus du Nil occidental fait partie de notre environnement, nous devons aussi nous assurer que les bains d’oiseaux n’abritent pas de larves de moustiques. Ce qui implique de rincer le bain au moins tous les trois jours. De plus, réduire les sources d’eau stagnante autour de nos maisons est la meilleure façon de les contrôler. Remarquez, dans notre région il s’agit d’une bataille perdue car nous sommes entourés d’étendues d’eau, dont certaines sont des paradis pour moustiques ! Pour finir, quel est le meilleur bain d’oiseaux ? Il y en a beaucoup de bons, alors la première chose à faire est de décider où vous voulez l’installer, en pensant avant tout à la sécurité des oiseaux. Il faut qu’il y ait aux alentours des arbres et des arbustes afin qu'ils puissent se mettre à l’abri des chats et des prédateurs aériens. Mais s’il s’agit d’un espace ouvert, il faut alors qu’ils puissent voir venir les dangers potentiels. Il faut aussi qu’il soit facile à entretenir. Car s’il est trop difficile d’accès et d’entretien, vous remettrez régulièrement à plus tard son remplissage et son nettoyage…
Question de Danielle à Hudson, QC Migration signifie direction nord au printemps, et sud, à l’automne. Alors, comment se fait-il que présentement je vois des bernaches aller vers le Nord ? Vous avez raison, les bernaches vont vers le Nord à l’automne ! Nullement pressées d’aller vers le Sud elles préfèrent nettement musarder d’une parcelle de nourriture à l’autre. Ce n’est que lorsque leur nourriture est épuisée, ou recouverte par la neige, qu’elles se décident vraiment à partir. Elles ont aussi besoin de vastes étendues d’eau où passer la nuit loin des prédateurs. Or notre région leur offre les deux. Le lac des Deux-Montagnes et les champs aux alentours représentent une escale de choix pour ces snow-birds. Les bernaches du Canada ont vite tiré parti des changements apportés au paysage depuis cent ans et quelques. En fait, on estime que leur nombre est plus élevé qu’avant l’arrivée des Européens. Nos pratiques agricoles ont facilité la migration de plusieurs espèces, spécialement des bernaches, qui se nourrissent des grains laissés dans les champs après la récolte. Historiquement, l’autre grand régulateur de ces oiseaux furent les maladies aviaires. Avant l’établissement de fermes et de cultures dans le sud de l’Amérique du Nord, qui ont beaucoup modifié le paysage, les bernaches s’établissaient sur une mince bande de terre le long du golfe du Mexique et de la côte est des États-Unis. Avec pour conséquence que toute maladie se propageait rapidement à travers ces colonies d’oiseaux, les tuant par milliers. Les maladies jouaient un rôle de contrôle de la population. Ce n’est plus le cas : les possibilités étant plus nombreuses, les oiseaux sont davantage éparpillés. Et une plus faible densité d’oiseaux signifie un impact moindre en terme de maladies. Les formations de bernaches que nous voyons passer sont souvent des unités familiales. Elles restent grégaires la première année, à tout le moins aussi longtemps que les parents ne nidifient pas de nouveau. Car à ce moment-là les parents poussent les jeunes hors de leur territoire. Ces derniers se reproduiront vers l’âge de 3 ans. Dans l’intervalle, ils traîneront un peu, se nourriront et socialiseront avec d’autres oiseaux sans liens, tout en commençant à se chercher un partenaire. Les couples sont unis pour la vie. Toutefois, si l’un d’eux meurt, l’autre cherchera un nouveau partenaire. Nous sommes très habitués à la formation en V des bernaches migratrices, de sorte que nous ne levons pas toujours les yeux en entendant leur étonnant « a-honk ». On peut distinguer les jeunes à leur cri, il ressemble davantage au jappement d’un petit chien. La prochaine fois qu’un vol passera au-dessus de vos têtes, arrêtez-vous, écoutez et voyez si vous pouvez distinguer les deux cris. L’été dernier, j’ai eu l’immense plaisir d’observer les nombreuses familles de bernaches qui nidifient dans le Delta Marsh, au Manitoba. Chaque couple s’installait, pondait et couvait ses œufs, jusque là rien d’extraordinaire. Ce qui arrivait ensuite était fascinant. Le couple dominant adoptait tous les oisons nés à peu près en même temps que les siens, laissant les autres parents agir comme vigies pour le groupe. Certains couples ayant près de 50 oisons étaient entourés de nombreux oiseaux adultes. Tout un spectacle ! Les oisons ont ainsi de nombreuses paires d’yeux pour les surveiller, ce qui leur assure un taux de survie élevé. Et nous eûmes l’occasion d’en voir des centaines passer de la belle et touchante étape d’oison duveteux à celle d’adolescent maladroit pour, finalement, devenir de jeunes adultes presque impossibles à distinguer de leurs parents – adoptifs ou biologiques. |