Question de Denis à Saint-Clet, QC

Les questions et réponses suivantes furent publiées originalement dans le journal Hudson/Saint-Lazare Gazette. Elles sont présentées ici avec permission.

Ces jours-ci, un héron est venu chasser des grenouilles dans le fossé en face de chez nous. L’an dernier cela s’était déjà produit et, malheureusement, nous avions retrouvé l’oiseau mort sur le bord de la route. Que faire si cet oiseau a besoin d’aide ?

En juillet et août les jeunes hérons quittent le nid pour voler de leurs propres ailes. De ce fait, ils font face à de nombreuses épreuves, et l’apprentissage de la chasse en est toute une. Le stress est donc au rendez-vous. Tant qu’ils sont au nid, les jeunes hérons sont nourris par leurs dévoués parents. Car il faut être dévoué pour régurgiter du poisson partiellement digéré dans le bec aiguisé de jeunes maladroits ! Bref, pour ce qui est d’être bien nourris, ils le sont, et lorsqu’ils quittent le nid ils pèsent souvent plus lourds que leurs parents.

Avant de s’occuper d’un oiseau possiblement blessé ou malade, il faut se poser plusieurs questions, dont celle-ci : a-t-il besoin d’aide ? Ça peut sembler fou, mais il n’est pas rare d’être leurré par un oiseau apparemment normal et sain. Avant de l’approcher, regardez-le tranquillement. Ses deux ailes sont-elles bien alignées, utilise-t-il ses deux pattes ? Toute blessure à l’aile ou à la patte est très visible chez les hérons. Ensuite, approchez-vous tranquillement de lui. S’il ne s’en va pas très loin, il est fort possible qu’il ait un problème. Une fois décidé que son salut dépend de votre intervention,  préparez-vous bien avant d’entreprendre sa capture. Les hérons chassent en frappant leur proie de leur long bec effilé. C’est inné chez eux, et c’est aussi un de leurs moyens de défense. C’est ce moyen de défense qui peut causer des blessures à leur aspirant sauveteur. Il vous faut donc jeter une grande serviette ou une couverture sur le héron, et vous assurer qu’elle recouvre aussi la tête. D’une main, saisissez alors la tête, avec douceur, puis de l’autre, le corps, et engouffrez-le dans une grande boîte ou une cage à chien. C’est un peu comme tenter de manipuler un paquet de cornemuses vivantes : s’y mettre à deux est donc très recommandé. Apportez ensuite l’oiseau au centre de réhabilitation le plus proche. Toutefois, vu qu’il s’agit d’une opération assez dangereuse, l’équipe du Nichoir (450 458 2809) peut venir à la rescousse.

Je vous ai dit que, tant qu’ils sont au nid, les jeunes peuvent être plus lourds que leurs parents. Et je pense que c’est cet état naturel qui finit par les conduire dans un centre de réhabilitation. En effet, de nombreuses toxines présentes dans l’environnement sont solubles dans la graisse, d’où une concentration possible dans les réserves de graisse des poissons au menu des hérons. À force d’en manger, les oiseaux accumulent donc à leur tour une charge toxique. Or, pour survivre, les jeunes hérons doivent apprendre à pêcher. Et, pendant cette période d’apprentissage, leur importante accumulation de graisse est un atout, elle les empêche de devenir squelettiques. L’ironie de la chose c’est que, plus les parents dorlotent leurs jeunes, plus ceux-ci vont emmagasiner de graisse, et plus ils risquent donc d’accumuler des toxines. Or, en période de disette, l’oiseau utilise  rapidement cette graisse accumulée, ce qui entraîne une poussée toxique à un moment critique de son développement, et peut le rendre vulnérable à d’autres problèmes.